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Mistral à Tournon (suite)

II. 1. Jean II MISTRAL (° vers 1430, + après 1474)

 

Pièces justificatives

En  1456 Jacques d'Eyriis, Jean de Valoris et Guilhem Moleris, de Lamastre, sont en litige avec Jean Mistarilis, marchand de Tournon, au sujet de 30 saumées de sel qu'ils ont transporté jusqu'à Lamastre et qu'ils doivent solder.[1]

Le 13/6/1460 Louis CHAPPUIS et Jean MISTRAL en leur nom et en celui de leurs épouses ... proposaient que, l'an ... 1453, les syndics de la communauté de Valence louent une certaine maison d'honnête femme Brunissel veuve de Jean GUILLARD ... pour tenir en cet endroit même l'étude de l'Université nouvellement établie à Valence.[2]

Lettres royaux de Charles VII en faveur de Jean MISTRAL et ses associés, marchands de Tournon, se plaignant des exigences que leur fait le fisc pour la navigation de leurs marchandises sur le fleuve en 1461. [3] Il apparaît comme un acte du duaphin Louis II le 12/9/1464 comme associé à la ferme du sel d'Empire avec Jean de GENAS Pelelgrin de LA MARTINIERE,

Premier mercator de Tournon, gros marchand de fer et de grain, fort importateur et grand entrepreneur de matières et de denrées diverses. Il déclare en 1464 un possessoire de 274 livres et un cabal de 1154 livres soit au total 1469 livres que le reviseur du baillage porte d’abord à 8000 livres puis à 10000 livres. Il se livre en 1475 au commerce du sel entre Pont Saint Esprit et Tournon (Ce sel entreposé au Pont-Saint-Esprit provenait des salins de Peccays, sur la commune d'Aigues-Mortes). Sa maison située dans la rue du Bourg, à Tournon, est estimée par lui 100 livres. Il possède quatre autres maisons dont une dans la grande rue, 32 fessoinnées de vigne, 1 pré, 3 jardins, la moitié d’un moulin sur le Rhône près d’Andance. En magasin il a du fer, du chanvre, du blé, du froment, du seigle, de l’avoine, 6 tasses d’argent, un lot de cuillères en argent. Il s’est constitué sur le territoire de Tournon des rentes foncières en argent et en nature : 4 saumées et  1 barral de vin, 11 quartes de froment, 5 florins d’or, soit au total 110 livres de pension. Il fut conseiller de Tournon en 1460, fermier du double dixième sur le vin. A Jean Mistral devait être apparenté ce Bernardin Mistral, marchand de Tain qui de 1494 à 1499 travaillera par toutes sortes de manœuvres à se faire adjuger la recette du pays de Vivarais. Le 21/1/1465 Jean Mistral est cité comme premier témoin parmi les marchands de Tournon au mariage de Jacques II de Tournon et de Jeanne de Polignac [4]. Jean MISTRAL et ses associés marchands de Tain, bénéficient en 1461 de lettres royaux de Charles VIII à la suite de leur plainte au sujet des exigences du fisc pour la navigation de leurs marchandises sur le fleuve [5]. Pierre Albertas, trésorier d’Avignon en 1457, consul d’Avignon en 1471-1472 est associé pour le commerce du sel sur le Rhône avec Jean Mistral, de Tain, et Pellegrin de la Martinière, de Pont Saint-Esprit ; il est condamné par arrêt du 15/2/1474 du parlement de Grenoble à payer une grosse somme à ces derniers [6]. Dans le rôle des tailles de Tain pour l’équipement des balistiers ou francs archers de Tain, les côtés sont : Antoine de Brion pour 11 deniers, Dufour pour 3 deniers, Jean Mistral pour 2 deniers, Seguin pour 8 deniers etc…au total 3 florins 1 gros pour 1472 [7]. Mistral est cité dans le rôle des tailles de Tain de 1475 à 1577 [8].

Le roi de France et le comte de Provence créent en 1448 un monopole du transport du sel remontant le Rhône et en confient la gestion à un fermier général ou une compagnie qui leur garantit pour une durée de dix ans le paiement par échéances trimestrielles d'une redevance fixe; le premier fermier du tirage de l'Empire est Robert Damiani, archevêque d'Aix de 147 à 1460 qui s'engagea pour une redevance fixe annuelle de 96 000 florins (76 000 livres tournois) pour 1600 gros de muids. [9] Le bail suivant fut conclu en 1457 par une compagnie de 19 marchands, dont 2 de Beaucaire, 4 d'Avignon, 4 de Pont-Saint-Esprit, 4 de Valence, 2 de Tournon, 1 de Condrieu, 2 de Lyon. [10] . En 1458 également la ferme du tirage du sel du Royaume est attribuée à une compagnie formée au moins par Jacques Coeur et les frères Villars.[11] Jérôme Chappuis, de Condrieu était fermier pour la part du Royaume et son frère Thomas pour la part d'Empire; parmi les lyonnais on trouvait les frères Jean et Pierre de Villars ainsi que Jean du Prat.[12] Je pense que l'on peut deviner parmi les marchands de Tournon Jean Mistral, Jean Pellegrin,  Piolenc parmi ceux de Pont Saint Esprit, Pierre d'Albertas, Spifame parmi ceux d'Avignon, François de Genas, Francis Mayaud, Noir parmi ceux de Valence.

Cité dans BRUN-DURAND, Dictionnaire historique de la Drôme p.149

Cité dans René GANDILLON, Politique économique de Louis XI p.303

Jean MISTRAL, de Tournon, cité dans les Annales du Midi 1889 p.32

 

Discussion
Jean (II)  probablement le fils ou le neveu de Jean (I) change d’envergure. S’il est toujours catalogué comme marchand le plus important tant de Tournon que de Tain (ce qui n’est pas grand chose vu le faible rayonnement commercial de ces bourgs), il est présent, comme Jean (I), en tant qu’entrepreneur avec des moulins (encore pour des tanneries ?) à Andancette (entre Tournon et Vienne). Il sort de la marchandise pour acheter des terres (à Saint Félicien dans l’arrière-pays de Tournon, à Quintenas dans la banlieue d’Annonay, à Tournon où il est propriétaire de maisons, prés et champs, à Tain où il est assujetti à la taille) ; il s’intéresse à des activités financières en tant que fermier d’impôts. Surtout il apparaît comme marchand de sel entre la Provence et l’amont du Rhône, associé avec deux gros brasseurs d’affaires Jean Pellegrin, de Pont Saint-Esprit et Antoine d’Albertas, d’Avignon. Ils ont créé ensemble une compagnie du style qu’ont créé, à la même époque, aussi pour le commerce du sel, les Villars et les Dodieu marchands de Lyon et les Chapuis, marchands de Condrieu. Il ne serait pas étonnant que leurs relations d’affaires ait été fortifiée par une alliance matrimoniale : on peut repérer que Catherine d’Albertas (la sœur de Pierre ?) était l’épouse d’Antoine Pellegrin (le frère ou le fils de Jean ?) ; il ne serait pas impossible que Jean (II) ait épousé une parente de ses associés. Pourquoi pas une fille d’un banquier italien, implanté à Avignon, ce qui pourrait expliquer la connotation italienne du prénom de l’un de ses fils, Bernardin, ou des prénom de deux de ses descendantes Lucrèce de Mistral et Sextia de Mistral.
Sa richesse le classe parmi les capitalistes de l'époque (pour Jean Régné, historien du Vivarais, il est l'homme le plus riche du Vivarais, à égalité avec les grands marchands tels que les Baronat) : il est taxé sur une base de 10 000 livres ; en 1398 une très grosse dot à Lyon s’élève à 3 000 livres (celle de Guiette épouse du patricien Aynard de Villeneuve) ou encore suivant Jean Regné représente un pouvoir d'achat de 1200 chevaux. Les affaires de Jean II Mistral l’attirent jusqu’en Avignon : place commerciale importante du fait de la présence des papes et tout particulièrement de Clément VII, qui n’est autre qu’un savoyard, le comte Robert de Genêve. L’élection de Clément VII a provoqué l’arrivée d’autres savoyards dont en particulier Robert de Conzié qui est devenu archevêque d’Arles. Il est de toute évidence très lié à ce clan qui a soutenu l’action du roi Louis XI : Jean Alberti, viguier d’Avignon, partisan de Louis XI, le soutint dans son procès contre Pierre d’Albertas ; son fils présumé, Bernardin, s’allie avec une parente de François de Genas, le trésorier de Louis XI pour l’ensemble du Sud-Est de la France. Ce même clan avait repris les affaires initiées par Jacques Cœur dans le midi de la France : les anciens facteurs de Jacques Cœur, comme les Dodieu, les Negri, ont poursuivi ses affaires. En particulier, Francis Mayaud, fils d’une Florette Negri, fit fortune à la fin du XVème siècle dans le commerce du sel entre Valence et Tarascon ; son itinéraire, retracé par l’historien J. Rossiaud, est parallèle à celui de Jean (II) Mistral : il pratique les mêmes métiers sur les mêmes terres. Le fils de Jean (II) Mistral épousera d’ailleurs la fille de Francis Mayaud.

Quoique qu’il n’y ait pas de documents le certifiant Jean (II) est de toute évidence l’ancêtre, et probablement le père tant de François Mistral marchand de Tain et auteur de la branche des Mistral de Montmirail, que de Bernardin Mistral financier originaire de Tournon auteur de la branche des Mistral de Mondragon et que de Nicolas. Le prénom de Bernardin, son fils et de Dominique son arrière-petit-fils font penser à la famille de de Rhodes : un Jean Chimenes de Roedes, marchand aragonais est enterré le 6/9/1501 en léglise Saint-Geniès d'Avignon : Bernardin est un prénom porté par un de ses fils et deux de ses petit-fils.



[1] BRECHON, Routes du Vivarais, fons privé, chartier de Solignac, registre de Me Floreti, non coté, f°36

[2] Histoire de l'Université de Valence

[3] Archives du Gard, EE

[4] Jean REGNE, Histoire du Vivarais.

[5] Archives de Nîmes EE5.

[6] RH LABANDE, Avignon au XVème siècle.

[7] LACROIX : Inventaire sommaire des archives de Tain [EE.1.]

[8] Archives de l’Isère E 12200 (CC 12 et 13).

[9] Joseph BILLIOUD, le sel du tirage de l'empire in Bulletin Philologique et historique année 1959. AD BDR B 1219 bail du 16/3/1448.

[10] Joseph Billioud, Ibid.. Bail du 15/3/1457.

[11] Michel Mollat, spéculations de Jacques Coeur in Bulletin Philologique et historique année 1959.

[12] Michel Mollat ibid.

 

 

II.2. Madeleine MISTRAL (° vers 1450/1460)

 

Pièces justificatives

Elle épouse en 1482 (Romans) François de LA COLOMBIERE, trésorier général du Dauphiné, seigneur de Peyrins, issu d’une riche famille lyonnaise (sa mère était une CAILLE, une des plus riches familles de bourgeoisie de Lyon).

 

Discussion

 

Pourquoi Madeleine Mistral, épouse d’Aymar de La Colombière,  est-elle parente de Bernardin Mistral ?

 

1° l’onomastique :

-          elle porte le même prénom que la fille de Bernardin née vers 1490 ; elle en a peut-être été la marraine ;

-          ses enfants portent les prénoms de  Jean (comme Jean II Mistral à Tournon, comme un fils de Bernardin), François (comme le fils et le frère de Bernardin), Catherine (comme la fille de Bernardin), Françoise (comme une fille de Bernardin), Charles, Antoine (comme Antoine Mistral à Saint Alban)

 

2° le milieu social :

-          Aymar de La Colombière est trésorier du Dauphiné, alors que Bernardin est receveur du Vivarais

 

3° les alliances ultérieures :

-          François, le fils de Bernardin, épousera Clémence Rabot tandis que l’arrière petite-fille de Madeleine épousera Ennemond Rabot (le frère de Clémence)

 

4° le milieu géographique :

-          la famille de La Colombière a des attaches à Valence ; les deux frères de Bernardin, François et Nicolas sont citoyens de Valence.

 

Je pense que sa parenté avec Bernardin est proche. Elle pourrait être sa tante, la sœur de Jean II Mistral.

 

 

 

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